Ressusciter pour entrer, sans jugement, dans la vie ?

    Jésus dit :

« Car le Père ne juge personne ; il a donné au Fils le jugement tout entier /…/ Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce que c’est lui le Fils de l’homme. » (Jn 5, 22. 26-27)

          Saint Justin (354-430) commente :

« "Le Père ne juge personne ; mais il a remis tout jugement au Fils". Car, dans le jugement, ce qui paraîtra, ce sera non pas la forme de Dieu par laquelle il est égal au Père, et qui ne peut être vue par les impies, mais la forme d’homme, par laquelle il a été abaissé un peu au-dessous des Anges ; et, bien qu’alors il doive venir dans la gloire et non dans son humiliation première, il se fera voir néanmoins et par les bons et par les méchants. Voilà pourquoi il dit encore : "Et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu’il est Fils de l’Homme". »[1]

          Jésus dit aussi :

« Ne soyez pas surpris ; l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux vont entendre sa voix, et ils sortiront : ceux qui ont fait le bien, ressuscitant pour entrer dans la vie ; ceux qui ont fait le mal, ressuscitant pour être jugés. » (Jn 5, 28-29)

          On observe que ceux qui ont fait le bien, non seulement ne seront pas condamnés, mais ils ne seront pas jugés. Cette perspective mériterait d’être davantage observée et enseignée : en effet, si tant de croyants se désintéressent de la Résurrection, c’est qu’elle apparait beaucoup trop comme une affaire de jugement, alors qu’en fait, la Résurrection est d’abord pour les justes une récompense, ils ne seront même pas jugés.

          Dans les Evangiles, tous les passages de l’Evangile où Jésus dit « ta foi t’a sauvé » sont en araméen « ta foi t’a vivifié ». Bien sûr que la Venue glorieuse du Christ inclut un jugement contre le mal, car rien d’impur n’entrera au Paradis, mais la Venue glorieuse du Christ ne se limite pas au jugement, elle n’est même pas d’abord cela : elle est d’abord une vivification (Cf. He 9, 28).


[1] Saint Augustin, Traité sur saint Jean 99, § 1.

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