Tournai, ville de Clovis. La piété. (Prologue de la loi salique).

Puisque nous donnons dans ce site un aperçu de l'histoire de Tournai, arrêtons nous un instant sur Clovis, fils de Childéric : il est né à Tournai[1]. Il commença par régner sur le petit royaume de Tournai, le royaume salien ayant été partagé après la mort de Mérovée ou de Clodion[2].

La Loi salique est le recueil des anciennes coutumes des tribus franques. Clovis l’a reprise de ses ancêtres mais, après son baptême, il l’a amendée.

Seuls, le prologue et le décret nous intéressent ; ils contiennent l'essentiel, qui donne aux lois proprement dites tout leur sens. Ils forment la première « constitution » de la nation des francs. Nous donnons à lire le commencement de l’une des copies de la loi salique, rédigée une cinquantaine d’années après le baptême de Clovis à Reims.

Observations : 

- Clovis et ses successeurs ont conscience d’être aimés par le Christ et veulent lui répondre par la piété. C’est véritablement une dynamique d’Alliance : au don de Dieu répond la bonne volonté de l’homme.

- La prière « Que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans les voies de la piété les règnes de ceux qui gouvernent » mérite notre attention. « Ceux qui gouvernent »  ont un rôle distinct de celui de l’Eglise, et la distinction doit être maintenue ; cependant, Clovis et ses successeurs étaient conscients du but ultime de leurs efforts, ils étaient conscients d’être soumis à la loi divine. Si la piété leur manque, leur autorité et leur pouvoir deviennent en fin de compte usurpés. L’histoire a un sens : les gouvernements doivent chercher le bien commun, et l’ultime bien est celui de la vie de la grâce, que « ceux qui gouvernent » ne peuvent pas donner : la grâce et le salut éternel viennent du Christ (par l’Eglise)…

Franchissons les siècles et revenons à l'objet principal de ce site... Si, à Tournai, la Vierge Marie, le 24 juin 1948, nous dit : "Si le monde ne prie pas mieux, il y aura une guerre presque terrible", nous mesurons l’importance de la piété ! La piété des chefs d’Etat, et la piété de chacun d’entre nous ! ]

 

"La nation des Francs, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde en conseils, noble et saine de corps, d'une blancheur et d'une beauté singulières, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, libre d'hérésie ; lorsqu'elle était encore sous une croyance barbare, avec l'inspiration de Dieu, recherchant la clef de la science, selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant la piété, la loi salique fut dictée par les chefs de cette nation qui, en ce temps, commandaient chez elle.

"On choisit, entre plusieurs, quatre hommes, à savoir : le Gart de Wise, le Gart de Bade, le Gart de Sale, le Gart de Winde, dans les lieux appelés Canton de Wise, Canton de Bade, Canton de Sale et Canton de Winde.

"Ces hommes se réunirent dans trois Mahls, discutèrent avec soin toutes les causes du procès, traitèrent de chacune en particulier et décrétèrent leur jugement en la manière qui suit :

"Puis, lorsqu'avec l'aide de Dieu, Clovis, le chevelu, le beau, l'illustre Roi des Francs, eut reçu le premier le baptême catholique, tout ce qui, dans ce pacte, était jugé peu convenable fut amendé avec clarté par les illustres Rois Clovis, Childebert et Clotaire, et ainsi fut dressé le «décret» suivant :

"Vive le Christ qui aime les Francs ; qu'il garde leurs Royaumes et remplisse leurs chefs de la lumière de la grâce ; qu'il protège leurs armées ; qu'il leur accorde des signes qui attestent leur foi : les joies de la paix et la félicité.

Que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans les voies de la piété les règnes de ceux qui gouvernent, car cette nation est celle qui, brave et forte, secoua de sa tête le joug des Romains et qui, après avoir reconnu la sainteté du baptême, orna somptueusement d'or et de pierres précieuses les corps de saints martyrs, que les Romains avaient brûlés sur le feu, mutilés par le fer ou fait déchirer par les bêtes féroces".[3]

 

Prière :

« Vive le Christ qui aime les Francs ; qu'il garde leurs Royaumes et remplisse leurs chefs de la lumière de la grâce ; qu'il protège leurs armées ; qu'il leur accorde des signes qui attestent leur foi : les joies de la paix et la félicité.

Que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans les voies de la piété les règnes de ceux qui gouvernent ».

(Extrait du prologue mérovingien de la loi salique)


[1] Pierre RICHE, Université de Paris X, « La christianisation de la Gaule aux V° et VI° siècle, dans Connaissance des Pères de l’Eglise n° 61, mars 1996, p. 10

[2] Georges BORDONOVE, Clovis et les Mérovingiens, Pygmalion Paris 1988, p. 86

[3] Extrait de : Claire MARTIGUES, Le Pacte de Reims, Ed. Saint-Michel,1962.

 

Synthèse Françoise Breynaert

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